S'échauffer la voix? A quoi ça sert?

Introduction

Ce matin, c’était footing. Alors que je cours depuis quelques minutes, une pensée m’interrompt: « zut, je n’ai pas pensé à m’échauffer ». Mais je continue. J’aperçois au loin un attroupement, deux équipes de foot qui s’affrontent, dans cette froide journée d’hiver. Ils viennent d’arriver. Ils s’envoient le ballon, font quelques passes, et décident rapidement de qui va dans quelle équipe: le match commence. Se sont-ils échauffés?

Un peu plus loin encore, une famille à la queue leu leu sur des vélos, promenade dans les bois. Les enfants zigzaguent, rappelés à l’ordre par leurs parents. Se sont-ils échauffés? Chez eux avant de partir en ballade? J’imagine la scène et cela me fait bien rire…

Table des matières

Je rentre, fatigué, me demandant quelles traces mon footing va me laisser demain puisque je NE ME SUIS PAS échauffé! La culpabilité m’envahit. Un café à la main, j’écoute les sons qui arrivent à mes oreilles. Le voisin a branché sa guitare, répète le riff de Heart Shaped Box de Nirvana. S’est-il échauffé avant de pratiquer? Plus tard, quelques appartements plus loin, une famille fête un anniversaire. Ils chantent. Ça sonne bien. Se sont-ils échauffés?

Je repense à mon arrière grand-père, qui souvent à la fin de longues journées de labeur dans les champs, s’asseyait en famille et chantait des gwerzioù, ces complaintes racontant une histoire en langue bretonne. Tout le monde chantait alors. S’échauffaient-ils?

Je repense à ces enfants qui nous ont accueillis à notre arrivée dans une école au Niger. C’était beau. Je ne comprenais pas les paroles, ça m’était bien égal. S’étaient-ils échauffés?

En fait, en y réfléchissant, je n’ai jamais vu une personne qui dans une soirée avant de se mettre à chanter s’est isolée dans la cuisine ou ailleurs pour faire des échauffements. Que ce serait curieux… 

Je sens que je pourrais avoir des dizaines d’exemples. Au fond, faisons un flashback dans l’Histoire du chant et de la musique: où a t-on vu dans toutes les cultures du monde, que des peuples, tribus, familles, voisins et amis, faisaient des échauffements avant de chanter quoi que ce soit?

Quel est le problème ?

Qu’est-ce que j’essaye de me dire ? Qu’avant de chanter, les gens ne s’échauffent jamais? Pourtant on me bassine les oreilles depuis des dizaines d’années avec cela. « Il faut échauffer la voix ! C’est important ! Il faut que ta voix soit préparée ! Ce sont des muscles! Réfléchis un peu! »

Devrais-je aussi en parler à ma fille de 4 ans avant qu’elle ne commence à chanter « Ce rêêêêveeeeuuuhhhh bleuuuuu!! Je n’y crois pas, c’est meeeeeerveilleeeeeeux!! » Elle va me regarder bizarrement, c’est certain.

Je pose mon café, vais retrouver mes manuels de chant que j’ai collectionnés durant des années. Ils sont unanimes: l’échauffement vocal est important pour bien chanter, c’est un passage obligé. 

Je demande à Google. La réponse est sans appel. Lui aussi en est convaincu: il faut faire des exercices pour échauffer la voix. Son fidèle allié Youtube regorge de videos qui en proposent.

Zut.

Je me replonge dans mon expérience. A la question que je pose aux chanteurs·euses que je rencontre « pourquoi vous échauffez-vous? Qu’est ce que cela vous procure? », la plupart admettent ne pas savoir, le faire par défaut, parce « qu’on m’a dit qu’il fallait le faire».

L’échauffement vocal: pourquoi et comment s'échauffer la voix? - Article - La voix en Mouvements - Formation Chant et Technique Vocale
Résultat de recherche Google: "s'échauffer la voix"

Que faire?

Dans le chapitre d’un ouvrage que j’apprécie, des phoniatres, ORL et professeurs de chant, donnent leur avis sur la question. Je les connais presque tous personnellement. Ils ne sont pas tous d’accords et leurs approches diffèrent. Mais ils s’unissent sur un point sur lequel je les rejoins totalement et que je synthétise comme cela: l’échauffement sert peut-être plus à l’esprit qu’au corps, à se recentrer sur l’activité vocale à venir, à réveiller des sensations corporelles. Aussi, comme la plupart, je pense qu’un échauffement ne peut-être autre que personnalisé et dès lors, tous les exemples que l’on trouve sur le net n’ont pas beaucoup de sens. Surtout s’ils sont fait de façon robotisée. 

Aujourd’hui, dans la pratique vocale, il y a clairement un amalgame entre échauffement, apprentissage et pratique. Et les trois perdent leurs sens et objectifs.

Je pose cette littérature et me revois, il y a une dizaine d’années, à demander aux personnes participant à un cours collectifs de faire des exercices de respiration et des vocalises, sans fin. Surtout sans but. Quelle erreur! 😔

Aujourd’hui, je les fais s’asseoir. Leur propose le silence plutôt que le tumulte d’exercices vocaux. Je leur demande de diriger leur attention sur eux, leur corps, leur respiration. Je les invite à observer le bavardage de leurs pensées. Faire une rupture entre le moment d’avant et celui présent. C’est ça qui compte. Le reste suivra, car les tensions de la « vie d’avant » seront le plus souvent dissipées, ce faisant. 

Je les invite après à s’imaginer chanter, observer ce qui, en eux, rentre ou pas dans l’action. S’imaginer, s’ils le souhaitent, faire des exercices, des explorations, des sons bizarres, des cris d’enfants, de leurs idoles, des cris d’animaux pourquoi pas.

Reveiller le moteur par l’imagination, une idée qu’Alain Berthoz ne renierait pas!

L’échauffement vocal: pourquoi et comment s'échauffer la voix? - Article - La voix en Mouvements - Formation Chant et Technique Vocale
Concert d'une chorale Jazz

Le soir de leur concert est venu. La prestation a lieu dans 30 minutes et ne durera que 15. Il faut être prêt, dès le début. C’est bien différent d’un cours.

Je les invite à chercher en eux-mêmes ce qui leur permettrait d’être prêt. Quelle exploration vocale unique et personnelle pourraient-ils faire, pour que dans 30 minutes, ils se sentent …« prêts »? Chacun s’isole. Certains font des sons bouche fermée, cherchent une résonance particulière. D’autres font des roulements de lèvres (et je ne leur en veux pas 🥴 ), d’autres encore explorent la mobilité de leur mâchoire. Parfois des massages. Et puis il y a ceux qui chantent, tout simplement. Chacun fait ce qui lui plaît, ce qu’il pense être le mieux pour lui.

Je suis comme un entraîneur de foot, qui attend anxieux, que son équipe rentre sur le terrain pour disputer un match important. Je fais les cent pas, les bras croisés. Je me pose une question: sont-ils prêts ? Est-ce que je n’ai rien oublié ? « Quand même, j’aurais dû leur proposer un échauffement collectif, leur dire quoi faire ! » Je me reprends : qui suis-je pour penser savoir ce dont ils ont besoin ? 

Dans 20 minutes ils seront sur scène unis comme un seul homme. Et ils seront « prêts ».

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