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Faire des exercices vocaux dans des cours de chant?

Faire des vocalises, lesquelles, comment, pourquoi - La Voix en Mouvements

J’ai lu dans son regard un « ce prof est nul ».

Alors que je l’invitais à chanter un morceau, François m’a dit: « comment? on ne fait pas d’abord des vocalises, un exercice vocal pour améliorer la voix?? Un échauffement vocal avant de chanter? De technique vocale??. » Je lui ai répondu que sans jamais l’avoir entendu chanter, je ne voyais pas l’intérêt de « prescrire » quoi que ce soit. 

Cette image – que j’ai trouvée amusante sur le coup – n’a rencontrée chez lui que… du désenchantement.

“Faisons de la musique ensemble pour commencer, lui dis-je! ! Entre amis!” Mais non, je n’étais manifestement pas son ami. Et je me désolais de l’imaginer dire à ses potes guitaristes ou pianistes lors d’une soirée: « les gars, avant de chanter avec vous, je vais m’isoler dans la cuisine pour ‘exercer ma voix’ ». Urfff! 

François avait déjà pris des années de cours mais ne voyait plus de progrès. Il avait vu de nombreux profs avant de venir chez moi, poussé voire intrigué par je cite, « une pédagogie moderne ». Je crois qu’il n’avait pas prévu qu’il n’y aurait pas chez moi, tout ce qu’il avait fait partout ailleurs c’est-à-dire de l’exercice vocal , faire des vocalises pour se “chauffer la voix“, apprendre à “placer sa voix”, “apprendre à respirer“, etc. ».

Pourquoi je n’encourage pas la pratique des exercices vocaux ni des vocalises, pourquoi je pense que nous avons oublié “comment apprendre“, c’est ce que je vous propose de vous expliquer ici.

Qu’est ce qu’un exercice vocal: une vocalise?

Selon le Larousse: «Formule mélodique, écrite ou non, chantée sur des voyelles et de préférence sur a. L’enseignement du chant utilise la vocalise comme procédé permettant de contrôler la régularité et la qualité de l’émission du son». Et Wikipedia de compléter: « Dans le domaine de la musique, la vocalisation est l’action d’exercer sa voix, de chanter des gammes, des arpèges, des trilles ou des traits, sur une seule voyelle, sans articulation. (…) Par abus de langage, le terme de vocalise peut aussi reprendre toutes les formes d’échauffement de la voix pratiquées par un chanteur (ou un groupe choral) avant une répétition ou une prestation.»

Voici quelques exemples dans cette video:

Un peu d'Histoire...

Avant de s’insérer dans l’enseignement, les vocalises, (qui sont donc une mélodie chantée sur une voyelle), remontent à l’Antiquité. Cette forme a traversée les siècles jusqu’à ce qu’elle soit peu à peu abandonnée et ne soit que parties de pièces musicales.

Puisqu’il était question par ce biais de montrer toute son agilité vocale, elle a pris place en revanche dans le travail de la voix.

Et “travailler sa voix” de cette manière est resté. Aujourd’hui encore, dans des styles qui sont très différents du chant lyrique dans la musique classique.

Dans notre culture, le classique a un poids important. Tellement que le Conservatoire de musique, établissement public, n’a commencé à ouvrir des classes de chant (et autres instruments) musiques actuelles que depuis une vingtaine d’année. L’étude du chant de styles autres que le classique, puis le jazz, n’a jamais jusqu’alors été considérée. Comparativement au poids dans notre société de ces musiques et l’engouement qu’elles suscitent, c’est difficilement compréhensible

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Armande Altaï formée au Conservatoire d’art dramatique et lyrique de Marseille, Richard Cross chanteur d’opéra, formé au Conservatoire de musique de Bordeaux et même Anne Ducros, pourtant chanteuse de jazz, (mais sur le tard) formée au Conservatoire de musique de Boulogne-sur-Mer…Voilà les profs de chant de télé-réalité comme la star academy pendant des années. Pourtant dans cette émission, on n’entendait rarement des airs d’opéra.

Si aujourd’hui dans les émissions télé, axe sont davantage des artistes de musiques actuelles, les “coachs vocaux” derrière le décor appliquent eux, bien souvent, l’approche classique. 

Et c’est comme ça… vous entendrez encore dire que pour apprendre à chanter du Adele, du David Bowie ou du Marvin Gaye, il faut apprendre à chanter du Bach ou du Heandel. Et donc la méthode qui va avec.

Un héritage bien lourd !

L’enseignement du chant lyrique sur un piédestal, les vocalises et “le travail de la voix” ont traversés les siècles et sont encore utilisés de nos jours pour apprendre à « placer sa voix » , une expression qui a autant de définitions que de personnes qui la définissent. Et qu’importe que les connaissances scientifiques de l’époque sur le fonctionnement du corps et de la voix furent approximatives, voire franchement inexactes. Les vocalises d’hier qui ont découlées de ces connaissances, sont encore là aujourd’hui et utilisées pour former les chanteurs et chanteuses de demain.

Ce travail de la voix est resté pendant un temps cantonné aux apprentis chanteurs lyriques. Mais faute de client, certains professeurs se sont improvisés “prof de chant musiques actuelles” aussi. Des styles qui leur sont au mieux méconnus et incompris. (allez, j’ose…) et parfois franchement méprisés.

Où est le problème ?

Bien que le chant lyrique regroupe plusieurs répertoires, il conserve une recette esthétique relativement figée, (et encore! mais c’est autre débat), où notamment d’un point de vue acoustique, il est recherché une homogénéité dans les registres et les voyelles, par exemple.

Cette manière de chanter s’est auto-proclamé comme seule, bonne et saine manière utilisation de la voix. Elle a érigé en dogme une seule et bonne posture, une seule et bonne manière de respirer, d’articuler, et d’utiliser des effets et des timbres. 

Les vocalises / exercices vocaux  n’ont pour but que de mettre tout cela en place. 

Mais l’observation de chanteuses, chanteurs, qu’importent le style, du plus proche au plus éloigné culturellement de nous, illustre que l’éventail des possibilités esthétique et donc d’utilisation de la voix est considérable et qu’il n’y a pas une seule et bonne manière de « placer sa voix », de faire sonner et résonner un son, une seule et bonne manière de respirer, ect.

Autrement dit, chanter du classique ou du rock, de la soul, du R’n’b… ce n’est pas pareil. La recette esthétique et donc technique n’est pas la même. Lorsque dans l’apprentissage du chant on mélange de la « technique » et une esthétique éloignée de celle désirée, c’est problématique. Si je veux apprendre à danser de la salsa, je n’apprend pas à faire des mouvements de danse classique. Je peux certes trouver des ponts mais cela reste limité.

 

"Lorsque dans l’apprentissage du chant on mélange de la « technique » et une esthétique éloignée de celle désirée, c'est problématique."

La révolution ?

Néanmoins, tout cela a commencé à changer dés lors que de nombreuses méthodes et approches sont arrivées depuis une quinzaine d’année chez nous (elles sont présentes depuis plus longtemps outre manche, outre atlantique et dans le nord de l’Europe). De SLS à CVT en passant par Estill, ces approches ont fait la distinction entre un travail vocal et les styles musicaux. Comme la plupart de ces méthodes se basent sur des connaissances scientifiques (pas toujours actualisées du reste), cela a donné un bon coup de fouet aux bons vieux exercices vocaux.

Sauf que ces méthodes ne comportent pas vraiment ou très peu d’exercices et que le poids de notre culture et de l’enseignement du chant est tel, que nombreux·euses profs certifié·es à ces méthodes ont continués et continuent à appliquer des vocalises de l’ère lyrique.

Certain·es tâchant de dépouiller l’esthétisme, d’autres non.

Ainsi, dans la vidéo en exemple au dessus, on retrouve un pot-pourri d’exercices clichés de l’apprentissage classique.

Peut-on faire des exercices vocaux dénués de parti pris esthétique?

Oui, bien sûr. Mais l’important reste de savoir si c’est bénéfique, si on peut en apprendre quelque chose. Et là je réponds: pas vraiment.

Nos amis de la video au-dessus s’exercent, font fonctionner les muscles de la production vocale. Cela participe à une augmentation du flux sanguin et de la température des muscles impliqués… mais ils n’apprennent pas grand chose au final. S’ils chantent un morceau juste après, ils verront des bénéfices et ils seront satisfaits simplement parce que n’importe quel “exercice” vocal a forcément un effet sur la voix.

Oui, n’importe quel motif répété une dizaine de fois a logiquement un impact sur le conduit vocal. Si avant de monter 4 étages à pieds, je fais bouger activement mes jambes, mes genoux, mes pieds, mes hanches pendant 2 minutes, je vais forcement monter plus “facilement” les 4 étages que sans avoir fait ces mouvements… Mais est-ce que j’ai appris quelque chose sur mes pieds, mes hanches, mes genoux en faisant cela? Non.

Dans ce qu’ils font, seul le fait de chanter leurs morceaux apporte un bénéfice durable. Les “exercices” précédents n’ont rien apportés qui s’inscrivent dans un apprentissage. Autrement dit, ils auraient mieux fait de chanter tout de suite. 

Reproduire et répéter une poignée de schémas vocaux de façon compulsive sur toutes les hauteurs de sa voix est le plus souvent inutile, parfois contre-productif.

Allo? Les neurosciences?

Pour le comprendre, tournons-nous vers les neurosciences.

Outre le fait que l’excès de répétitions peut être dommageable musculairement et créer un stress inutile, si l’on répète quelque chose toujours de la même façon, notre cerveau finit par s’ennuyer. S’il s’ennuie, on s’ennuie, et c’est un fait, nous ne prêtons pas attention à ce qui nous ennuie.

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Or, “aucune information ne sera mémorisée si elle n’a pas d’abord été amplifiée par l’attention et la prise de conscience“, nous apprend Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive.

Je vous laisse juge pour savoir si les élèves de la video d’exemple de cet article, ont l’air passionnés par ce qu’ils produisent…

"Aucune information ne sera mémorisée si elle n’a pas d’abord été amplifiée par l’attention et la prise de conscience"

Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive.

La stimulation de notre curiosité est fondamentale car elle permet de créer de nouveaux réseaux de neurones. Dans le chant, cette curiosité et cet errement peuvent être sollicités par l’improvisation, l’exploration de sons, de couleurs, de placements d’organes et structures (la langue, la mâchoire, les lèvres). Bref, un peu de jeux et de folie quoi! L’égarement volontaire permet de créer des ponts entre les informations déjà mémorisées, c’est à dire des apprentissages antérieurs et les nouveaux.

Cela nous conduit vers des erreurs et/ou des errements curieux? Tant mieux. L’erreur est la condition même de l’apprentissage. Pour notre cerveau, les retours d’information sur ces “erreurs” constituent un matériau important pour apprendre, savoir quoi retenir. Si vous avez déjà écouté/regardé une personne faire ses vocalises ou vous même en avez produit, vous conviendrez qu’il n’y a pas grand chose de ludique, de fun. Il s’agit simplement de répéter. Ce “répéter pour répéter” n’est pas un apprentissage pérenne dans le sens où les informations ne se figent pas vers des circuits cérébraux plus profonds qui les rendent autonomes. Il y a trop peu de stratégies d’encodage, ce qui rend l’apprentissage moins efficace.

Car un apprentissage aussi complexe que le chant fait appel à presque tous nos types de mémoire. C’est notre mémoire procédurale (acquisition et utilisation de compétences motrices, sensori-motrices et automatismes inconscients) qui sera la plus sollicitée. Probablement aussi notre mémoire sémantique musicale (concepts théoriques, connaissances générales) et épisodique (informations concernant les événements vécus et leur contexte)… Le chant et la musique ont un telle utilisation et sollicitation de notre mémoire qu’ils sont utilisés pour leurs effets bénéfiques sur les personnes atteintes de troubles de la mémoire comme la maladie d’Alzheimer. 

S’agissant de notre mémoire procédurale, on notera que dans le travail des vocalises tel qu’il est fait dans 90% des cas, il n’y a aucune démarche ou temps pour l’experience sensorielle vécue. Elle est pourtant fondamentale: la conscience de nous-même, de notre voix, des différents éléments qui la composent et comment ils fonctionnent ensemble… 

Notre voix n’est pas juste notre pharynx, notre langue, notre mâchoire, une respiration comme çi et un accolement de nos cordes vocales comme ça. Notre voix est un ensemble qui fait partie d’une organisation complexe d’un être. Ne pas prendre en considération cela résulte en une incohérence et donc l’absence d’intégration profonde de l’apprentissage. Celle-ci mène l’apprenant à devoir continuellement répéter ces exercices.

Il ne s’agit pas de dire que nous n’avons pas besoin de répéter pour apprendre, mais affirmer qu’à un moment, si vous ne parvenez toujours pas à faire ce que vous souhaitez faire ou devez passer 30mn d’échauffement pour enfin y arriver… C’est qu’il y a un problème dans la méthode.

J’ajoute que la variable “esthétique” dictée par le prof est néfaste car elle empêche toute forme d’auto évaluation et auto interrogation de l’élève. Seul le prof sait si c’est “beau et bien”. Et cela n’est pas “bien” pour vous.

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Lorsqu’on parle d’un ensemble, on parle aussi de l’aspect psychologique. S’il faudrait plusieurs autres articles pour aborder le sujet, je me contenterai ici de dire qu’apprendre au coeur du morceau est plus bénéfique qu’en dehors, dans des vocalises, car celui-ci, choisi par l’apprenant, véhicule des émotions qui permettent au cerveau de mieux stocker encore les informations sur le long terme.

Démonstration

Pour démontrer tous ces points, j’aime utiliser l’image – peu originale je l’admets – du vélo. J’ai appris à faire du vélo probablement comme vous, poussé par ma mère et mon père sur un petit chemin. J’ai essayé d’une façon puis d’une autre, jamais pareil. Je suis tombé et je me suis relevé. On m’a conseillé de regarder devant, sentir mes pieds, appuyer sur les pédales, tenir le guidon bien droit etc. Certes lointain, j’en garde un bon souvenir d’enfance. Voilà tous les éléments d’un apprentissage experientiel qui font qu’à présent, même si je ne fais pas du vélo tous les jours, dés que je monte dessus je n’ai rien oublié.

Et cette démonstration certes simpliste, vous pouvez la retrouver dans beaucoup de choses apprises dans votre vie. La plupart dans l’enfance où de toutes façons, un apprentissage intellectuel et sorti de son contexte aurait été vain.

Loin de moi l’idée que l’apprentissage experientiel du chant est facile pour autant. La mise en mémoire est un processus lent, elle n’est jamais accomplie en une seule fois. Il y a forcément la nécessité de revenir sur l’information acquise pour la consolider.

L’aspect artistique, l’infinité des possibilités, notre propre et singulière organisation physiologique et psychologique en font une discipline tout aussi frustrante que passionnante.

Mais ce travail peut-être fait plus intelligemment et efficacement, au regard de ce que la science, notamment les neurosciences, sur l’apprentissage et celle de la neurophysiologie, nous apprennent aujourd’hui, et ébranlent considérablement cette méthode d’apprentissage traditionnelle et ses procédés vieux de plusieurs siècles. 

Apprentissage versus Pratique

Oui, il est important ici de faire la différence. Il ne s’agit pas de dire que pour mieux chanter il ne faut pas pratiquer et répéter.

Pour éviter toute surcharge inutile, notre cerveau oublie constamment des informations qu’il reçoit et qu’il ne juge pas importantes. La qualité de notre apprentissage est donc primordiale. C’est ce que j’ai voulu démontrer dans les paragraphes précédents. Si je prends mon vélo demain, je ne tomberai pas c’est certain. Mais aurai-je de bons reflexes, une bonne capacité à gérer un danger, une chute? Mes virages seront-ils fluides, mon équilibre toujours bon? Aurai-je conservé intact mon catalogue de sensations? Mon catalogue de possibilités, de choix? Non. Et c’est là que la pratique joue son rôle, dans une répétition de rappel.

Pour cela, il n’est pas là non plus nécessaire de faire appel aux vocalises. Un morceau suffit bien comme contexte de consolidation. Les mêmes règles d’apprentissage s’y appliquent fort bien.

Reste à définir la fréquence de la pratique. Sur ce sujet et bien que nous soyons tous différents, les études montrent que ce qui compte n’est pas le temps total qui est consacré à la pratique -dans l’idée de consolidation de l’information- mais la façon dont ce temps est découpé et réparti dans le temps. Ce qu’on appelle “la pratique distribuée“.

Vos réponses

Suite à l'article en 2019, j'ai reçu des réponses en commentaires, auxquelles je me permets de répondre ci-dessous:

"Non, je ne suis pas d'accord! une voix ca se travaille! Tous les grands·es artistes ont fait et font des vocalises!"

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Bon… 🤷‍

Le chant est probablement selon les archéologues, la première forme de musique. On aurait commencé à chanter à la préhistoire. L’histoire ne dit pas si à cette époque, il y avait des profs de chant pour faire faire des vocalises dans les cavernes…

(Un peu) plus sérieusement, j’ai beaucoup de mal à imaginer nos ancêtres, dans des cultures proches ou éloignées aux quatre coins du monde, faire des mia mia mia mia mia miiiiiiiiiaaaaa…... Je doute que les pionniers du blues ou du gospel issus d’un peuple Noir réduit à l’esclavage avaient loisir d’y passer beaucoup de temps… Mes arrières grands-parents bretons chantaient des gwerzioù: leurs maigres revenus agricoles ne leur permettaient pas de prendre des cours de chant. Ils n’avaient rien à envier à des chanteurs entrainés et sur-vitaminés à la vocalise…

Plus simplement, allumez la radio, épluchez votre mp3thèque et demandez-vous combien de vos artistes favoris ont vocalisés des heures ou se préoccupent vraiment de leur respiration? Une minorité, c’est certain. Même les “grandes voix”. Aretha Franklin, Ella Fitzgerald des cours de chant? Une blague… Mariah Carey non plus (même si maman Carey était chanteuse lyrique). La majorité des artistes que vous écoutez ont souvent pris des cours plus tard dans leur carrière. Nous les croyons biberonnés aux vocalises pendant des heures, mais il n’en est rien. Beaucoup ont fait partis d’un choeur (à l’église notamment), ce qui ne veut pas dire qu’ils ont exercés leur voix avec des exercices comme nous les concevons aujourd’hui, mais bien simplement chanté des heures durant. Il n’y pas d’inné, de “don”, de “savoir bien respirer”(sic)… Leur “talent” vient de la pratique et de l’exploration avant tout, d’avoir chanté souvent très tôt leurs morceaux favoris, en les réinterprétant, et/ou d’avoir composé les leurs.

Et surtout d’avoir portés sur leur chant une réflexion propre à le faire évoluer. Ou d’avoir eu un environnement, un contexte ou des événements dans leur vie qui ont influencés leur musique.

"En chant lyrique, dans l'opera, il faut apprendre à respirer, vocaliser, apprendre à placer sa voix "

La recette vocale du style est certes moins ouverte que dans les musiques actuelles. Elle conserve (peut-être) depuis des siècles des paramètres acoustiques et esthétiques mais elle n’est pas figée pour autant. Elle diffère selon les chanteurs, les pays, les écoles et les nombreuses esthétiques et périodes historiques. (En vérité et n’en déplaisent à certains·es professeurs·es et chanteurs·euses lyriques d’aujourd’hui, nous n’avons aucune idée de comment on chantait il y a deux siècles et avant cela. Comment pourrait-on? On l’imagine. La mémoire s’est transmise par l’oralité mais a probablement bien été modifiée au fil du temps. Qu’en sait-on?)

Si on prend la respiration, le “je dois apprendre à respirer”, des études ont été faites sur des chanteurs et chanteuses d’opéra qui montrent que leur façon de respirer et gérer l’air pour chanter est totalement différente les unes des autres. Ils ont pourtant appris la même sacrosanta respiration abdominale, mais leur corps ne se comporte pas comme ils le pensent. Ils s’imaginent faire une respiration comme-ci, mais en fait pas vraiment.

Doit-on laisser quelqu’un qui ne connait pas sa propre respiration nous expliquer et nous apprendre comment “bien respirer”, si à l’arrivée, nous ferons quelque chose de différent de ce que nous pensons faire? 

Quel est l’intérêt d’une telle absurdité?

Il en va de même sur la position de la langue, du larynx, la création du formant du chanteur etc. Regardez Domingo, Pavarotti et Carreras ensemble, et on voit bien les différences de placement de la langue par exemple. Nous sommes des êtres uniques et singuliers pour lesquels il ne peut y avoir un enseignement figé et commun à tout le monde. Ne pas prendre en compte les particularités anatomiques et physiologiques de chacun est une erreur.

Aujourd’hui, beaucoup de chanteurs et chanteuses lyriques, pro ou pas, se tournent vers des enseignements qui leur ouvrent des portes de la compréhension et la conscience de leur voix et de leur corps. Ils délaissent ces exercices sclérosés dans lesquels ils ne trouvent que de l’ennui et un travail par la force auquel leur corps et leur voix ne répondent plus.

D’ailleurs et bien que cela ne soit pas vraiment mon domaine, il en va de même en danse où certaines institutions commencent à bannir les étirements par exemple.

Nous aurions tort de croire que l’évolution de la pédagogie vocale vers quelques chose de moins rigide ne s’applique qu’aux musiques actuelles et abaisse le niveau technique général. Il n’est pas ici question d’être dans la technique ou pas, mais simplement un moyen de l’envisager.

Tout ça ne serait pas grave si l’enseignement par vocalises, images d’un autre âge et approximations physiologiques ne laissaient beaucoup trop de chanteurs sur le carreau. Ils restent coincés sur une route balisée, incapables d’en sortir et avoir d’autres itinéraires. Leur corps ne comprend pas ce qu’on attend lui, les muscles et structures travaillent dans une organisation qui n’a pas de sens, loin d’une approche holistique. Le chanteur finit par se dire: “je ne suis pas fait pour ça” ou “je suis limité”.

Comment travailler sa voix?

Faire des vocalises, lesquelles, comment, pourquoi - La Voix en Mouvements
(Notez une fois encore l'absurdité et le poids de notre culture: les auteures de l'ouvrage ci-contre sont toutes deux "diplômées" en musique et art lyrique. Le livre veut nous apprendre à chanter des morceaux d'un répertoire de musiques actuelles, comme la photo utilisée le suggère...)

Je pense qu’il y a de nombreuses façons de concevoir, construire et organiser un cours de chant sans vocalise ni “travail” sur la respiration. J’ai une approche parmi d’autres, qui reste perfectible et que je veux en constante évolution. A l’instar d’approches similaires de confrères et consoeurs, elle porte ses fruits et c’est tout ce qui compte.

Je rencontre tant de personnes qui s’étonnent que dans mers cours et formations je ne fasse pas de vocalises qu’il me semblait important d’expliquer pourquoi. Vous pouvez continuer à en faire, continuer à prendre des cours dans lesquels c’est la base de l’enseignement.

Mais lorsque la stagnation s’installe, que vos difficultés sont toujours là malgré des heures de cours, que vous vous sentez enfermé·e, que votre chant est ennuyeux et fade, c’est qu’il est temps de se poser des questions. Pas sur vous et vos capacités, mais sur la méthode.

Lorsque la stagnation s'installe, que vos difficultés sont toujours là malgré des heures de cours, que vous vous sentez enfermé·e, que votre chant est ennuyeux et fade, c'est qu'il est temps de se poser des questions.

Pas sur vous et vos capacités, mais sur la méthode.

OLIVIER REGIN

A vous qui êtes tombés sur cet article en cherchant quelles vocalises faire, veuillez accepter mes excuses. Un conseil: n’en faites pas. Cela ne veut pas dire “ne faites rien”, mais posez-vous les bonnes questions sur les méthodes d’apprentissage. Car il est parfois difficile de défaire un (mauvais) enseignement.

Ne vous laissez surtout pas formater par des exercices d’un autre âge, même remis au goût du jour. Est ce que Björk aurait trouvé la folie de sa musique dans un arpège de Rossini ? Kurt Cobain le son éraillé dans une leçon du Vaccaj? Les profs de Brian Molko, d’Axl Rose ou d’Amy Whinehouse n’auraient probablement pas appréciés leur nasalité et ce son pincé et brillant. N’ont-ils pas une influence énorme aujourd’hui dans ce que vous écoutez?

La liste est longue de ces artistes singuliers non formatés aux exercices vocaux des manuels+MP3 « Apprendre à chanter en 12 semaines ». Vous n’y trouverez jamais le centième des richesses de votre voix et ça ne vous apportera aucune base que vous n’avez de toutes façons déjà!

Et François ?

François a chanté son morceau… Oui, c’était propre, c’était juste et en rythme. Mais c’était lisse et scolaire. Faute de folie, d’émotions, de richesse et de proposer autre chose que l’exact copie de l’original.

Je n’ai pu cacher l’ennui que j’ai ressenti à l’écoute de François. Je pense qu’il ressent aussi de l’ennui à chanter de cette façon, déconnectée de “qui” il est. Mais j’ai eu beau essayer de le diriger vers son “moi artistique”, ce fût sans succès: il n’était pas prêt. Il avait trop de resistances. Il fallait le convaincre d’oser, de lacher prise et je n’ai pas réussi.

Je sais qu’il y viendra. Ce n’était juste pas aujourd’hui. François m’a donné l’envie d’écrire cet article. J’espère qu’il tombera un jour dessus et se reconnaîtra.

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